
DIRIGEABLE
DE TRANSPORT LOURD
Cette lettre ouverte a été publiée en anglais sous le titre
“TIME FOR A GLOBAL STRATEGY” dans la revue AIRSHIP de l'association anglaise
du même nom à l'occasion du Congrès International qu'elle a réuni à
Cambridge(Angleterre) du 29 au 31 juillet 2002.
Je voudrais d'abord féliciter votre “AIRSHIP ASSOCIATION” pour
ce NOUVEAU CONGRES réuni deux ans seulement après celui de FRIEDRICHSHAFFEN
qui accompagnait le lancement du NOUVEAU ZEPPELIN par la firme ZF. Nous fêtons
aujourd'hui le trentième anniversaire de la création de votre association.
Quant à nous, AERALL, je rappelle que notre premier COLLOQUE INTERNATIONAL
s'est tenu à Paris en 1973. Nous avons le même objectif:
promouvoir les technologies du Plus léger que l'air. AERALL milite pour
la RENAISSANCE des DIRIGEABLES comme une véritable BRANCHE de l'AÉRONAUTIQUE
à l'instar de l'industrie de l'hélicoptère. Notre ambition est de faire
repousser la branche aérostatique sur le grand arbre de l'aéronautique.
Où en sommes-nous?
Une FORTE DEMANDE LATENTE
Soixante ans après la disparition des grands dirigeables, dans
quelle situation sommes-nous?
Nous avons des BLIMPS. Ils s'améliorent de jour en jour. Mais nous
n'avons pas de plus grand dirigeable même de la taille du dernier ZPG 3 W de
GOODYEAR ( 45000 m3) soit plusieurs fois plus petits que les derniers ZEPPELINS.
Nous avons des BESOINS de transport aérien évidents. En France nous
avons obtenu des crédits significatifs du Ministère des Transports et de
Bruxelles pour une étude approfondie des besoins de l'industrie lourde, des
pays en développement, des organisations humanitaires internationales comme la
Croix Rouge, l'ONU, la FAO, l'OMS etc...L'EPFL a longuement travaillé sur le
sujet. Les conclusions sont en plein accord avec les études réalisées par
CARGOLIFTER en Allemagne : il y a une demande potentielle importante pour les
grands dirigeables. Toutefois une forte majorité porte sur des dirigeables
à long rayon d'action capables de décollage et d'atterrissage verticaux afin
d'opérer avec un minimum d'infrastructures au sol.
Nous avons maintenant beaucoup de nouvelles technologies: votre
dernier congrès comme les précédents, ceux d'AERALL en France ainsi que ceux
de l'Association américaine ont rassemblé au cours de ces trente dernières
années de nombreux experts en recherche et en techniques industrielles aéronautiques.
Un très large éventail de solutions ont été explorées et des concepts intéressants
découverts. De nombreux projets ont été présentés.
Mais on doit bien CONSTATER que dans les cinquante dernières années pas
un seul projet de grand dirigeable( j'en ai listé au moins une vingtaine) n'a
été développé même sous la forme d'un prototype. Pas une grande firme de
l'industrie aéronautique( BOEING, LOCKHEED, BAé, EADS...) n'a investi en
propre sur le sujet. Sauf à plusieurs reprises WESTINGHOUSE avec des fonds du
PENTAGONE dans des buts militaires... Ces compagnies commerciales n'ont pas
été convaincues de la faisabilité des dirigeables pour des raisons
technologiques ou de marché. Leurs doutes ont été si élevés qu'elles
n'ont même pas essayé d'obtenir de leurs gouvernements respectifs des prêts
ou des subventions de recherche ou de développement ainsi qu'elles le font systématiquement
lors de l'apparition de nouvelles technologies. Il faut donc souligner que les
PROJETS de GRANDS DIRIGEABLES n'ont pas atteint la CRÉDIBILITÉ.
Une STRATÉGIE GLOBALE DE DÉVELOPPEMENT EST INDISPENSABLE.
POURQUOI? A mon avis la principale raison de cet échec est l'absence de
stratégie de développement.
1.En premier lieu les demandes du marché potentiel imposent un objectif
technique incontournable. Les utilisateurs potentiels attendent du
dirigeable le décollage et l'atterrissage vertical qui est l'avantage
naturel du dirigeable comparé avec les autres moyens de transport. Et aussi
un rayon d'action et une charge utile infiniment supérieurs à ceux de l'hélicoptère.
2. Au plan TECHNOLOGIQUE, ainsi qu'on le soulignait auparavant, chaque
projet a apporté plusieurs solutions aux problèmes. Ainsi en dépouillant
leurs propositions on possède de nombreuses pièces du PUZZLE technique. Elles
sont d'importance et de qualités différentes au regard des exigences des
nouveaux dirigeables. Elles doivent être évoluées. Le développement des Plus
légers que l'air exige un AUDIT complet et objectif de toutes les solutions,
les classiques comme celles autorisées par la technologie actuelle. Les
possibilités de celle-ci sont sans commune mesure avec celles du temps des
ZEPPELINS dont les performances pourtant n'ont pas été reproduites. La
construction de grands dirigeables qui compléteraient les moyens de transport
actuels demande au préalable un effort de recherche fondamentale pour
trouver des réponses aux questions cruciales telles que:
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la structure et la nature des enveloppes
et/ou des cellules de gaz porteur:il semble exister pour les dirigeables
dits "souples" une sorte de "mur technologique"
au-dessus de 100.000 M3.Des données précises doivent être produites pour
prouver que ce mur peut être franchi. |
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régulation du poids de l'engin pendant le vol pour
compenser les variations dues à l'altitude, la température et la
consommation de carburant. |
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échange rapide et sûr du lest et de la charge et
positionnement dynamique auprès du sol. |
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modes de fabrication renouvelés:modularité, absence
de hangars coûteux, allégement de la maintenance. |
La recherche de base peut être alors définie: évaluer chaque pièce
du puzzle pour vérifier et peser son intérêt au regard de l'objectif final;sélectionner
les innovations intéressantes de chaque projet qui a échoué dans le passé et
enfin mettre en oeuvre des programmes spécifiques de recherche pour combler les
vides éventuels.
A l'issue de cet audit complet ÉMERGERA soit un avis négatif sur la
faisabilité de telles machines soit un CONCEPT GÉNÉRAL d'un dirigeable cohérent
et capable de respecter les conditions réglementaires de sécurité. Ce
concept général dérivera d'une COMBINAISON de quelques solutions claires sur
les paramètres fondamentaux tels que décrits précédemment. Sur ce squelette
pourront se greffer de nombreuses solutions spécifiques tirées du puzzle général
qui permettront d'optimiser de manière différenciée la performance de chaque
type d'engins. On peut remarquer d'ailleurs que les grands avions de transport
ont une structure et une forme très similaires. Mais ils ont des performances
différentes en raison de choix techniques variés sur chaque partie de l'aéronef
(ailerons, matériaux, contrôle de vol...)
3.Après trente ans d'intérêt sur les développements des plus légers
que l'air et dix ans d'observation à titre professionnel du fonctionnement de
l'industrie aéronautique française, je suis persuadé que cette première étape
de la STRATÉGIE est impérative pour donner une véritable chance de décollage
à cette branche aéronautique. Cette phase doit être pilotée par les
organismes publics de recherche aéronautique. Depuis plusieurs années nous
avons oeuvré avec obstination pour convaincre les organismes français
d'accepter cette mission et de demander des fonds pour la mener à bien.
Plusieurs études ont été dores et déjà conduites en ce sens notamment par
l'ONERA. Des démarches sont en cours pour
poursuivre plus avant. A mon avis,
les gouvernements ont le droit d'accorder leur soutien aux efforts consentis
pour déterminer si les avantages naturels évidents des dirigeables peuvent être
ou non réellement concrétisés dans de nouveaux engins pour le bien général
de notre société. La renaissance des dirigeables est-elle réellement une
chance pour l'humanité?
4. Dès lors qu'un concept général serait bien défini, des
entreprises spécialisées dans les technologies du plus léger que l'air
pourraient travailler avec un risque limité. Elles attireraient plus
facilement du capital-risque sur la base de "business plans" réalistes.
Je ne doute pas que les grandes compagnies industrielles de l'aéronautique
regarderaient alors le sujet sérieusement car elles ne pourraient rester
absentes d'un tel marché. Je pense que dans un premier temps ne les
n'investiraient pas directement en leur nom dans la fabrication de dirigeables.
Mais elles prendraient des participations dans le capital des entreprises spécialisées
dont les solutions techniques et le business plan les auraient intéressées et
convaincues. Elles ne manqueraient pas d'aider de leur crédit ces entreprises
à obtenir des fonds publics et privés pour ces développements. Ceci est la
deuxième étape de la démarche. La présence de grandes compagnies
industrielles est à mon avis absolument nécessaire pour deux raisons:le développement
technologique implique la mise en oeuvre
d'équipes importantes et d'un matériel sophistiqué qui n'existe que
dans ces compagnies; le temps nécessaire pour obtenir la certification du
dirigeable par les autorités gouvernementales est très long et par conséquent
l'investissement très coûteux. Il est utile de rappeler que l'investissement
initial pour sortir un nouveau véhicule de tourisme est d'environ un milliard
€ et pour un nouveau type d'avion de ligne Boeing ou Airbus, de cinq à dix
fois plus. Ainsi parler de quelques centaines de millions € pour mettre au
point une gamme de grands dirigeables de transport est une estimation
raisonnable.
5. On dit souvent que ce type d'approche n'est pas normal dans nos pays
industriels développés. Et que les intérêts commerciaux empêcheraient la réalisation
de l'audit général sous le pilotage des organismes publics de recherche. Ceci
ne me paraît pas exact en ce qui concerne la grande industrie aéronautique qui
comprend les hélicoptères et les grands dirigeables. Personne ne peut nier, et
particulièrement les représentants des majors de l'aéronautique que dans tous
les pays industriels tous les objets volants d'une certaine dimension et la
recherche qu'ils nécessitent sont sous la tutelle des Ministères de la Défense
et des Transports. Les fonds publics qu'ils allouent, au moins pour la
recherche, sont à l'origine de toutes les réalisations significatives dans
ce domaine. Ces aides publiques ont d'ailleurs fait, comme chacun sait, l'objet
d'un accord international entre les États Unis et l'Europe. Ainsi il n'y a
pas de honte à demander des crédits pour notre audit technique dont l'objectif
est d'ouvrir une "fenêtre" pour la crédibilité et le développement
de dirigeables modernes, puissants et sûrs. Dès lors que l'audit sera
positif le développement industriel et commercial sera rendu possible selon le
schéma décrit au point.
La coordination des efforts de la COMMUNAUTÉ DIRIGEABLE serait très
utile.
L'audit scientifique global rend service à tous ceux sans exception
qui travaillent sur le dirigeable.
Il est temps de mettre à la longue série d'échecs des projets.
Président d'AERALL